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  • Valerie Leblanc, sexologue et psychothérapeute.

L'éducation à la sexualité dans les écoles


La vague de dénonciation d’agression sexuelle et d'harcèlement propulsée par les mouvements « Metoo » et « Timesup » a ramené un argument favorable à l’implantation dans toutes les écoles, d’une éducation à la sexualité. Outre les grandes questions telles que « comment on fait un bébé » (ou surtout comment on n’en fait pas), et les grandes lignes sur les ITSS, on semble se rendre compte qu’une éducation sur le respect de l’autre et des limites, sur le consentement libre et éclairé ou sur les aspects affectifs et relationnels de la sexualité pourrait finalement avoir une utilité.

Je suis de la génération où les cours de FPS (formation personnelle et sociale) existaient. J’y ai appris quelques éléments de bases, mais rien qui préparait à la vie sexuelle et relationnelle dans toute sa beauté et sa complexité. Cette fois, les cours seront dispensés dès la première année du primaire, jusqu’à la fin du secondaire en tenant compte du développement des jeunes. Des sujets comme les rôles sexuels, les stéréotypes, la puberté, les situations d’agression sexuelle et l’homophobie seront abordés au primaire. La notion de consentement, les relations amoureuses, le désir et le plaisir sexuel, les infections transmises sexuellement feront partie des sujets abordés au secondaire. Le portrait s’annonce plus complet et basé sur un lexique commun avec en toile de fond les problèmes systémiques dont nous avons parlé dernièrement.

Je sais que certains parents ont des réticences face à ces cours. Parfois, nous entendons des craintes face aux messages véhiculés, qui pourraient aller à l’encontre de valeurs religieuses ou qui favoriseraient l’entrée du jeune dans la vie sexuelle. Pour répondre à ces inquiétudes, j’aimerais apporter le point que de ne pas parler de sexualité ne rendra pas les jeunes imperméables aux multiples messages sur le sujet. Dès leur plus jeune âge, ils sont confrontés à des publicités, des images, des films ou des commentaires d’une tierce personne, qui les amèneront à construire un système de croyances sur la sexualité. Ce qui est véhiculé par les médias est encore empreint de sexisme, de stéréotypes et de pression de performance, qui par mon expérience clinique amène chez les individus différentes conséquences négatives comme une anxiété de performance, une image de soi négative, une mauvaise connaissance de ce qu’est une relation saine ou même la prise de risque en matière de santé sexuelle. La pornographie est aussi un médium assez facile d’accès qui peut être utilisé par les adolescents pour combler leur curiosité ou pour aller chercher des informations aux questions qu’ils se posent sur l’acte sexuel. Les images véhiculées par la porno ne sont pas adaptées aux jeunes et mettent souvent l’emphase sur une sexualité phallo centrée, où le consentement est peu abordé et où la protection ne fait pas toujours partie de l’équation. Je remarque que les gens en général ne font pas assez clairement la distinction entre ce qui se passe dans ce genre de film, que j’appelle le « Hollywood du sexe » et la vie sexuelle réelle. Cela entraine des complexes et des attentes irréalistes qui peuvent nuire à l’épanouissement de la vie sexuelle. À mon avis, le silence et les tabous peuvent faire plus de dommage qu’une réponse honnête et complète sur le sujet.

Le gouvernement promet l’implantation des cours d’éducation à la sexualité pour tous les élèves, dès la rentrée en septembre 2018. Un projet pilote présenté par le ministre de l’Éducation avait été accueilli froidement dans les dernières années. Il était donné sur une base volontaire et à mon avis, ajoutait une pression aux enseignants qui en ont déjà plein les bras. Ces derniers ont dénoncé le manque de formation et le manque de matériel mis à leur disposition pour offrir un enseignement de qualité de la sexualité. La commission scolaire Kamouraska-Rivière du loup a quant à elle participé au projet et a eu recours à une sexologue. Il semble que des résultats positifs soient déjà visibles. Les sexologues ont une formation complète et spécifique à la sexualité et sont tout à fait disposés à prodiguer une éducation à la sexualité en cohérence avec les besoins et l’âge des jeunes. Ils misent sur le savoir-faire, mais aussi le savoir-être. En collaboration avec les enseignants ou seuls, je crois qu’il serait important qu’ils soient davantage consultés pour ce projet.

Je crois sincèrement que le retour d’une éducation à la sexualité juste et positive dans les écoles pourra favoriser une intégration harmonieuse de la dimension humaine de la sexualité, en mettant l’accent sur le respect de soi et des autres, tout en considérant les normes de la collectivité. Espérons qu’on aille au bout de ce projet et qu’on l’applique avec le même engouement que les sciences ou les mathématiques. Cette éducation sera, je l’espère, un des véhicules d’une valeur d’égalité plus forte pour la société de demain.

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