Rechercher
  • Valerie Leblanc, sexologue et psychothérapeute.

La dyspareunie: quand la sexualité fait mal


La dyspareunie est un motif de consultation relativement fréquent à mon bureau. Pourtant, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un sujet tabou que nous discutons trop peu de manière ouverte. Un peu comme si en nommant le fait que nous avons de la douleur lors de l’acte sexuel, nous sommes « anormaux » ou « trop sensible » et qu’il est préférable de l’endurer pour se sentir adéquat et répondre aux attentes perçues de notre partenaire. Une chose à retenir : ne jamais persister si vous ressentez de la douleur. La sexualité devrait rimer avec plaisir avant tout. Certaines femmes m’ont déjà avoué avoir toléré la douleur quelque temps sans rien dire, car elle trouvait que ce n’était pas si pire que cela, « seulement » un pincement ou un brûlement. Certaines d’entre elles ont développé du vaginisme, c’est-à-dire que leurs corps ont parlé à leur place. Le muscle vaginal et le plancher pelvien, anticipant la douleur à venir, répondaient en se contractant très fort, empêchant ainsi toute pénétration.

De manière plus précise, la dyspareunie se définit comme une douleur génitale récurrente ou persistante associée à la pénétration ou lors des mouvements de va-et-vient dans le vagin. Il est généralement possible d’avoir des relations sexuelles, mais celles-ci ne sont pas (ou très peu) agréables. La douleur se situe à un ou plusieurs endroits : entrée du vagin, région vestibulaire, le périnée, au niveau anal/rectal, autour de la vessie et de l’urètre, au niveau du clitoris. On me parle souvent de sensation de brûlures, de pressions, de pincements ou une impression de lames tranchantes. Des hommes m’ont déjà décrit des douleurs sexuelles également, mais plutôt reliées au frein du gland trop court ou à une condition de phimosis. À noter que le silence autour du problème et/ou la honte face à ceci sont également présents chez eux.

Au niveau du diagnostic, nous parlons de dyspareunie primaire lorsque la douleur est présente depuis toujours et de dyspareunie secondaire lorsque la douleur survient après une période de relations sexuelles sans douleur. Parfois, les douleurs apparaissent suite à un accouchement, à un trauma ou à des expériences sexuelles insatisfaisantes. On retrouve des raisons physiques à la douleur comme des affections de la peau, des vaginites, des infections génitales telles que des mycoses vaginales, des infections virales telles que l’herpès vaginal, de la sécheresse et atrophie vaginales, des cicatrices, une hypertrophie des petites lèvres, etc., mais aussi, des raisons sexologiques et psychologiques sont à prendre en considération dans la compréhension des douleurs. Quelques exemples : un manque de connaissances de son corps, du stress, un malaise ou un dégoût de la sexualité, un manque de connexion avec son désir et une trop faible excitation (et faible lubrification), des insatisfactions conjugales et des frustrations refoulées, de l’anxiété et en conséquence des tensions musculaires pour ne nommer que celles-ci.

La dyspareunie est une condition qui, selon mon expérience clinique, se traite plutôt bien. Je suggère toujours que la personne présentant de la douleur consulte un médecin gynécologue avant d’entamer un processus en sexologie. De plus, le travail thérapeutique combiné à la physiothérapie périnéale est souvent recommandé. Le physiothérapeute fait un travail plus « physique » qui permet d’agir sur la douleur ainsi que sur la tension musculaire locale et générale en apprenant à relaxer les muscles de la région pelvienne.

Comme sexologue psychothérapeute, nous pouvons travailler sur les causes personnelles et conjugales ayant un impact sur la difficulté en sexothérapie. L’anxiété ainsi que l’anticipation anxieuse de la douleur sont souvent des éléments à aborder. Il est aussi important d’aider les personnes à développer une communication franche et transparente avec leur partenaire lorsqu’ils sont en couple, puis de proposer des exercices de détente, de respiration et de découverte positive des zones sexuelles primaires et secondaires. Nous misons sur le développement d’une sexualité basée sur la confiance, le consentement, l’écoute, la connexion, la communication ouverte et le plaisir. Nous observons les pensées négatives et les travaillons. Nous aidons également l’individu ou le couple à modifier leur script sexuel pour le rendre plus épanouissant. Je remarque régulièrement que la partie des préliminaires est trop courte, ce qui ne laisse pas à la femme le temps de bien se détendre, de s’ouvrir à l’autre et de ressentir une excitation suffisante pour être dans un bon état psychologique et physique pour la pénétration.

Si vous ressentez de la douleur lors des relations sexuelles sachez que vous pouvez changer cette situation. N’hésitez pas à consulter votre médecin, un gynécologue et au besoin, un sexologue psychothérapeute.

www.opsq.org

#dyspareunie #Douleurs #Sexualité

0 vue