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  • Valerie Leblanc

Je t'aime plus que je ne m'aime


La dépendance affective…Qu’est-ce que c’est au juste?

Dans le cadre de ma pratique, j’ai constaté au cours des dernières années que plusieurs personnes se questionnaient à savoir s’ils sont « dépendant affectif ». Le terme a pris plus de place dans le langage populaire suite à la sortie de livres sur le sujet dans les années 2000. Toutefois, l’étiquette n’a pas toujours lieu d’être. J’ai décidé d'apporter quelques clarifications sur ce qu’est réellement la dépendance affective dans le but d’amener une meilleure compréhension du sujet, puis je propose des pistes de solutions pour s’affranchir de celle-ci.

Tout d’abord, l’appellation le dit, il s’agit d’une dépendance. On ne parle pas du sentiment de vouloir être près de quelqu’un, d’avoir besoin d’affection, de se sentir triste suite à une rupture, car tout cela est naturel et humain. Dans le cas de la dépendance, on implique que l’autre est notre monde et que sans lui, nous avons l’impression de n’être plus rien. On ressent des « manques » lorsque l’objet de notre amour n’est pas là pour une courte période de temps. Nous avons besoin de savoir qu’il est disponible, et cela, presque 24h/24. Par exemple, on assaille l’autre de texto dans la journée et on se sent mal s’il fait des activités sans nous. Le dépendant affectif peut développer une peur de la solitude, et c’est compréhensible quand on pense à ce que l’autre représente pour lui.

Une des hypothèses par rapport à l’étiologie de la dépendance serait qu’elle prend forme à l’enfance. Le manque d’attention et de reconnaissance, grandir auprès de parents froids ou avoir un parent absent favoriseraient le développement d’un plus grand besoin de plaire. Ces personnes chercheraient davantage à se valoriser dans le regard de l’autre et cela peut se solder par le surinvestissement du partenaire. Tout individu arrive à l’âge adulte avec des besoins fondamentaux non-comblés. C’est la manière de confronter les schémas dysfonctionnels, de s’y soumettre ou de les éviter qui fera la différence.

Le dépendant affectif surinvestit la relation et certains d’entre eux en viennent à « étouffer » le partenaire par leur comportement. Notre bonheur dépend de l’autre et on se met de côté. On vit notre vie par l’autre et pour l’autre en quelque sorte. L’estime de soi, bien souvent fragile à la base s’en voit affectée.

Ce type de dynamique relationnel peut être difficile à vivre pour les deux partenaires. La personne dépendante vit beaucoup de stress et d’angoisse. Elle craint la fin de la relation ou la distance de l’autre. Elle va donc user de stratégies plus imaginatives les unes que les autres pour convaincre le/la conjoint (te) de passer du temps avec elle, pour le séduire, pour attaquer ou se défendre dans un conflit (larmes, cris, manipulation). Pour le partenaire, il peut être difficile de garder une différenciation saine et de mettre des limites. Dans la dépendance, il n'y a pas de sentiment d'altérité, puisque nous ne pouvons pas faire sans l'autre.

Un peu comme le toxicomane pour qui la drogue devient le centre de son attention, le dépendant affectif en arrive à focaliser toutes ses énergies à préserver la relation d’amour « toxique ».

Que peut-on faire pour diminuer l’emprise de ce type de dépendance ?

La première étape est de réaliser la dépendance et l’assumer. Il faut assumer son besoin d’être aimé et comprendre que nous sommes le principal responsable quand vient le moment de combler nos besoins. On peut nommer nos besoins à l’autre, mais nous ne pouvons pas exiger qu’un partenaire les comble tous ou qu’il soit toujours disponible. Un peu comme à la suite d’une rupture amoureuse, l’affranchissement de la dépendance affective demande un retour vers soi.

La seconde étape est d’expérimenter la liberté. Il faut voir cette conscientisation comme un moyen de créer un nouveau départ et non comme quelque chose de négatif. On peut se poser des questions comme « quels projets me rendraient fiers de moi ? », « quelle activité pourrais-je faire seul ? », « qu’est-ce qui me définit le plus (en dehors de la relation)? », « quelles sont mes réelles motivations à entrer en relation? ». Cette étape est une opportunité d’élargir son cercle d’amis, de faire des activités différentes, de retrouver les loisirs qui nous faisaient plaisir auparavant.

Dans un même ordre d’idée, il est important d’apprendre à se connaître et solidifier son identité. Cette étape demande du temps et une ouverture au monde. Relever des défis par soi-même, partir seul en voyage, passer quelques jours dans une retraite de yoga pourraient être des options pour faire connaissance avec soi et réfléchir à son identité personnelle. De plus, la réussite de petits objectifs personnels amènera sans doute une confiance en soi qui permet au fur et à mesure de se sentir plus solide. Au lieu de renoncer à soi-même en pensant uniquement à l’autre, on se respecte, on se choisit.

Ensuite, il est important de relativiser ses insécurités. Il faut confronter ses (fausses) croyances que nous ne serions pas capables de vivre seuls, que nous ne trouverions jamais quelqu’un d’autre capable de nous aimer, que nous n’avons pas suffisamment de valeurs, etc. Pour les plus visuels, faites une liste d’arguments prouvant le contraire des pensées en lien à la dépendance. Par exemple : « je vivais correctement avant que x soit dans ma vie », « j’ai réussi très bien mes études », « tel ou tel amis m’aime beaucoup », etc. L’idée est de sortir de la croyance que notre univers tourne autour de notre amoureux (euse) et de comprendre que nos insécurités se fondent sur des peurs qui ne sont pas complètement rationnelles. Aussi, listez vos comportements compulsifs (textos, appels, demander s’il vous aime, etc.) et portez une attention particulière à ceux-ci. Donnez-vous l’obligation de diminuer leur ampleur.

Finalement, il faut soigner sa souffrance et aborder le sentiment de vide intérieur. L’accompagnement thérapeutique peut être une bonne solution à cette étape puisque nous avons besoin de retourner dans le passé pour comprendre les manques, leur donner un sens; puis travailler les émotions et les pensées qui nous maintiennent dans ce comportement.

Ces pistes de solutions ne sont pas exhaustives et tel que mentionné plus haut, la dépendance affective est une difficulté qui demande un certain temps à se travailler, mais l’important est de commencer par se choisir un peu plus et s’aimer suffisamment pour croire que l’on peut être aimé.

Pour une aide thérapeutique dans votre région :

www.opsq.org

www.ordrepsy.qc.ca

Support :

Dépendants affectifs anonyme Québec : http://www.daa-quebec.org/

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