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Survivre à une situationship

  • Photo du rédacteur: Valerie Leblanc
    Valerie Leblanc
  • 28 déc. 2025
  • 6 min de lecture
Couple

Le dating moderne n’est plus aussi simple qu’à l’époque pré-applications et de l’impression d’abondance de choix. Les mœurs évoluent, pour le meilleur et pour le pire.


Vous aurez peut-être remarqué une recrudescence de lassitude dans les comportements de recherche amoureuse, mais aussi une difficulté semi-généralisée à l’engagement clair. Entre les sex friends, les relations sans étiquette et sans prise de tête (du moins en principe), les rencontres occasionnelles et les fameuses « situationships », nous redéfinissons les principes des relations. Cela peut être agréable, mais nous risquons aussi de vivre de véritables montagnes russes émotionnelles.


Chaque type de relation peut parfaitement convenir à différentes personnes selon leurs besoins et selon l’endroit où elles se trouvent dans leur vie. Cependant, le manque de balises, de clarté ou de sécurité, ou encore les variations fréquentes dans l’investissement de l’un ou l’autre au sein de la relation, peuvent entraîner des bouleversements émotionnels et une certaine souffrance.


Je vous propose donc quelques points de réflexion sur la « relation situationnelle », de son terme français.


Petite définition de la « situationship »

Relation floue, sans étiquette claire, située entre l’amitié et le couple. Il y a des moments intimes et affectifs, comme dans un couple, mais sans engagement formel, et avec peu ou pas de vision d’avenir. Il s’agit d’une forme d’intermédiaire entre amis et partenaires.

On se laisse porter par la relation sans nécessairement la définir. Cela peut fonctionner un certain temps, mais il arrive que l’un des deux développe davantage d’attachement et de sentiments, ce qui devient incompatible avec la configuration de ce type de relation.


Points importants

Un élément non négligeable à considérer lorsque nous vivons un lien régulier sans engagement est le rôle des hormones et des neurotransmetteurs sur notre attachement et notre humeur. Toute nouvelle relation apporte son cocktail hormonal, mais la situationship, surtout lorsqu’elle est instable, peut provoquer des émotions semblables à celles ressenties sous l’effet d’une drogue. Il y a une montée de plaisir lorsque nous sommes près de l’autre, ou un sentiment de manque lorsqu'il prend de la distance.


L’attirance et le désir sont soutenus par la testostérone et les œstrogènes, présents chez tous les individus, qui stimulent l’intérêt sexuel et l’orientation vers l’autre. Rapidement, la dopamine joue un rôle central : elle active le système de récompense du cerveau et génère des sensations de plaisir, d’euphorie et de motivation, expliquant la focalisation intense sur l’autre et les pensées répétitives. La noradrénaline, en parallèle, provoque l’activation physiologique typique de l’état amoureux, comme l’accélération du rythme cardiaque et l’excitation, tout en renforçant la mémoire émotionnelle. Durant cette phase, une diminution de la sérotonine peut être observée, favorisant les ruminations et l’idéalisation. Avec le temps et l’intimité, l’attachement se consolide grâce à l’ocytocine, libérée lors des contacts physiques et émotionnels, qui renforce la confiance et le sentiment de sécurité, ainsi qu’à la vasopressine, associée à l’engagement et aux liens durables. Ces mécanismes varient toutefois selon les individus, leur histoire relationnelle et leur style d’attachement.


Le style d’attachement peut influencer la capacité à être bien en situationship et à y rester. Chez les personnes ayant un attachement anxieux, le système de récompense peut rester fortement sollicité : la dopamine est davantage associée à l’incertitude et à la peur de la perte, ce qui intensifie les ruminations, l’hypervigilance relationnelle et le besoin de réassurance. Chez les personnes à attachement évitant, l’activation initiale peut être présente, mais la proximité émotionnelle et la libération d’ocytocine peuvent devenir inconfortables, entraînant une mise à distance afin de réguler l’activation émotionnelle.



We weren’t nothing

But we were never something

I guess that’s why

I’m left with everything

And nothing

All at once

Situationships


Maintenant, quelques éléments pour vous aider si vous êtes dans ce type de relation...


Tout d’abord, je suggère de faire le bilan de vos envies et de vos besoins avant de débuter une nouvelle relation. Il est préférable de commencer une relation avec une idée claire de l’endroit où vous aimeriez aller, plutôt que de se la jouer « flexible » ou « fun » si ce n’est pas aligné avec votre état intérieur.


Évidemment, il peut être bénéfique dans la vie de se laisser porter par les événements et de faire preuve de flexibilité, mais pas au détriment de votre bien-être mental.


Au fil du temps, tentez de rester connecté·e à vous-même dans l’ici et maintenant, et demeurez honnête quant à vos sentiments. Si la relation n’est pas définie, il peut être risqué de s’ouvrir entièrement en espérant le mieux. Évaluez où vous en êtes, prenez un peu de distance au besoin, et visez le respect de vous-même et de l’autre.


Dressez la liste des avantages et des inconvénients de la relation. Prenez du recul et réfléchissez à ce que la dynamique vous apporte — par exemple de l’intimité ou des moments de plaisir — et à ce qu’elle ne vous donne pas, comme un sentiment de sécurité. Évaluez ensuite si vous êtes réellement à l’aise avec cette liste.


Attention à l’espoir et au temps passé à analyser ce qui se passe sous toutes ses coutures dans votre tête, avec vos meilleurs amis ou avec ChatGPT 😉


Je ne le dirai jamais assez : communiquez. Ce n’est pas parce qu’une relation n’est pas complètement engagée que vous devez vous passer de communication ou de réponses à certaines questions. Parfois, dans ces relations, nous avons peur d’effrayer l’autre et croyons devoir rester silencieux sur les thèmes liés à l’engagement. Pourtant, pour se sentir bien, il peut être pertinent de poser des questions sur les balises et de poursuivre la relation seulement si l’on s’y sent encore à l’aise. Toutes les questions en lien avec la sexualité sont également essentielles, surtout si l’on choisit de ne pas utiliser de condoms.


En somme, osez discuter, même si la relation n’est pas complètement engagée. Si quelqu’un n’est pas capable du « bare minimum », il est peut-être temps de quitter la relation.


Autre point important : fixez vos limites. Peut-être que, pour quelques semaines ou quelques mois, une relation sans engagement vous convient. Il est aussi possible que ce soit une période transitoire et que, à long terme, vous sentiez que vous vous éloignez de vos besoins réels. Outre la durée, les limites peuvent aussi concerner le comportement de l’autre personne. Ce n’est pas parce que vous êtes dans une relation situationnelle que vous devez accepter d’être traité.e n’importe comment. Peut-être que la dimension amicale est importante pour vous et que vous souhaitez discuter régulièrement en dehors de la sexualité. Peut-être que faire des sorties vous semble essentiel. Il est aussi possible que la séduction ou un minimum d’affection soient nécessaires pour que la relation vous convienne. Bien que moins « sérieuse » qu’une relation de couple, une situationship devrait comporter certaines règles afin que chacun s’y sente bien.



Avis / mise en garde

La fin d’une relation situationnelle, même de courte durée, peut parfois faire plus mal que la fin d’une relation stable et engagée de plusieurs années. Lorsqu’un couple se termine, nous avons généralement eu le temps de bien connaître l’autre, d’observer les incompatibilités, de vivre des conflits et de comprendre ce qui ne fonctionne pas. La rupture peut même devenir un soulagement lorsque les deux personnes ont essayé à maintes reprises de faire fonctionner quelque chose qui ne va pas.


Dans le cadre d’une situationship, ce qui est particulièrement douloureux, c’est la tendance à idéaliser les moments de connexion et à aimer davantage l’idée que nous nous faisons de l’autre que la réalité. Nous construisons des fantasmes autour du potentiel. C’est un état de « presque couple » qui nous tient en haleine et nous fait rêver. Souvent, la situationship est difficile à oublier parce qu’elle se termine de manière floue, laissant le cerveau tenter sans cesse de donner un sens aux événements. Une boucle s’installe : on se demande ce qui aurait pu être différent, on se dit que l’autre prend de la distance, mais qu’il ou elle reviendra. Comme il n’y avait pas d’étiquette, il est plus difficile de s’autoriser un deuil, alors même que nous en avons besoin. Il peut également arriver que la fin de quelque chose qui n’a jamais été pleinement concret réactive des croyances négatives à notre égard : ne pas valoir la peine, ne jamais être choisi.e, ne pas être « assez ». Cette dimension peut accentuer la souffrance. N’oubliez jamais qu’une personne qui ne s’investit pas ne peut pas être l’amour de votre vie, et que vous ne méritez pas de vous abandonner pour quelqu’un d’autre.


En conclusion, la situationship peut vous convenir et vous offrir une connexion agréable sans trop d’investissement, mais il demeure essentiel de rester conscient.e de ce que vous vivez, de maintenir une introspection honnête et, surtout, de garder en tête que le respect est la base de toute relation saine.



Valerie Leblanc, M.A

Sexologue et psychothérapeute

Montréal et visio

 
 
 

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