Rechercher
  • Valerie Leblanc

Se perdre pour mieux se retrouver


Ce midi, je revenais d’un joli petit café où j’ai eu la chance de passer du temps avec une de mes meilleures amies quand j’ai décidé de prendre un chemin différent pour le retour à la maison. Ceux qui me connaissent savent que cela est risqué étant donné mon sens de l’orientation défaillant. J’étais dans un quartier voisin du mien, mais cela n’est même pas un facteur de protection contre mon manque de repères « géospatiaux ».

Bref, j’ai pris un risque calculé pour briser un peu la routine. Lorsqu’on y pense, on a tendance à faire la même chose jour après jour. Même route, même travail, heure similaire de lever, heure similaire de coucher. Il y a quelque chose de rassurant dans cela, mais d’un autre côté je crois qu’il peut être agréable de faire différent.


Je me suis donc aventurée dans une rue déserte que je n’avais jamais prise. J’écoutais une de mes chansons préférées du moment et je me suis mise à regarder ce qui m’entourait. La couleur originale des bâtiments datant du siècle dernier qui détonnait à côté de condos modernes aux fenêtres immenses ; le reflet du soleil qui se taillait une place à travers les nuages; les fleurs d’un rose éclatant rappelant la richesse du printemps. J’ai senti le gazon que quelqu’un venait tout juste de tondre et cela m’a donné une petite joie, me rapportant probablement à la campagne de mon enfance. J’ai aperçu un chat aux poils ébouriffés et je me suis arrêtée une seconde pour le flatter. À ce moment précis, j’avais l’impression de découvrir quelque chose de nouveau parce que je vivais ma vie dans l’instant présent ; que j’étais ouverte à « l’ici-maintenant ». Je me promenais en regardant ma ville comme je le fais en voyage. Ailleurs, nous prenons des photos de bâtisses, de parcs, de paysages. Ici, nous fonçons d’une destination à l’autre sans regarder réellement la valeur de notre environnement qui a perdu de l’intérêt avec le temps, l’habitude, la routine. Nous marchons les yeux rivés sur notre téléphone en semi-contact avec le monde. Aujourd’hui, j’ai fait différent. Mes sens se sont ouverts à ce qui m’entoure depuis toujours, en faisant légèrement différent et j’ai choisi de savourer chaque instant. J’ai vu un parc que je n’avais jamais remarqué à trois rues de chez moi, des œuvres d’art, des ruelles « vertes ». J’ai l’impression d’avoir touché un peu de bonheur.

Je crois que cette habitude, cette fermeture au monde peuvent toucher le couple aussi. L’usure du temps peut nous faire oublier les petites choses magiques chez l’autre. Son sourire qui nous créait des papillons ; l’odeur de son parfum qui nous donnait envie de nous rapprocher. On est tellement habitué à l’autre ou tellement proche de l’autre que nous n’arrivons plus à voir. Un peu comme la personne qui vit sur le bord de l’océan peut oublier la beauté des vagues s’échouant sur la rive.

Parfois, on cherche ce bonheur très loin. Dans un autre pays, dans une personne. Alors qu’en fait il est juste là, sous nos pieds. Il suffit de choisir de le regarder. Avec des yeux différents. Mieux et entièrement.


0 vue