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  • Valerie Leblanc, sexologue et psychothérapeute.

Le ghosting ou l’humain jetable

Mis à jour : avr. 26


Dans le cadre de ma profession, j’ai un regard privilégié sur les histoires relationnelles et amoureuses de différentes personnes. J’estime avoir beaucoup de chance d’avoir cette confiance et d’obtenir ces informations qui me font voir l’humain sous ses différentes formes, belles et moins belles.

Notre société évolue, les modes de communication et de rencontre aussi. L’humain s’adapte.

Auparavant, nous rencontrions un potentiel partenaire dans le cadre de nos études, dans le voisinage, par l’entremise de notre famille ou par l’ami d’un ami qui connaissait quelqu’un. Nous allions en « blind date », nous rencontrions la personne seule à seule et nous prenions le temps de nous connaître en utilisant nos mots et notre habileté de séduire, je suppose. Je me souviens avoir vu dans mon enfance, des gens utiliser des réseaux de rencontre par téléphone où ils avaient l’obligation pour rencontrer quelqu’un, de prendre le temps de lui parler, d’avoir des conversations complètes. Aujourd’hui l’homme/femme de sa vie nous semble à un « swipe » de distance. Les « salut comment ça va? » laissent rapidement place à un silence durant des heures quand ce n’est pas rapidement interrompu par des photos suggestives. Bon, j’exagère à peine. L’idée ici est que les temps ont changé.

Je me demande jusqu’à quel point l’impression de facilité du contact à l’autre a pu influencer notre manière de percevoir l’humain derrière l’écran? Un-e de perdu(e), dix de retrouvés prend tout son sens on dirait.

Je crois que l’avènement des technologies a permis de bien belles choses et favorise dans certains cas la connexion aux autres. Toutefois, à entendre des histoires dans ma pratique ou autour de moi, je me dis qu’elles ont aussi amené un manque de considération de l’autre, de ses émotions, de son vécu. Évidemment, rencontrer quelqu’un en ligne et avoir une brève discussion ne nous attache à rien. Tout comme si l’on croise quelqu’un « IRL » et que nous ne souhaitons pas poursuivre en allant prendre un café. Par contre, une fois que nous nous sommes vus et que nous avons investi du temps, des moments de plaisir et que nous avons pu nous révéler un peu à l’autre, je crois que ce serait la moindre des choses de terminer la relation en bonne et due forme si nous ne sommes pas intéressés à aller plus loin. J’ai l’impression que c’est une question de respect.

L’évitement est parfois plus simple, mais dans certains cas, cela est une démonstration de manque d’empathie, c’est-à-dire de capacité à se mettre à la place de l’autre, à lui donner le droit de savoir ce qui ne va pas où à tout le moins, de lui permettre de fermer le dossier et de ne pas perdre son temps à se questionner et à attendre. Boucler ses boucles permet d’aller de l’avant. C’est bon pour soi et pour l’autre.

Ce qui m’amène au phénomène du « ghosting ». En définition, le ghosting est un terme moderne qui signifie cesser toute communication soudainement avec quelqu’un et ignorer toute tentative de communication. Disparaitre. Laisser un goût de mystère. Pouf dans un nuage de fumées.

Je ne crois pas que tous les « ghosteur » sont des êtres antipathiques (j'ai lu que parmi les utilisateurs des app de rencontre, 50% des gens avaient déjà "ghosté"), mais certains manquent soit de considération pour l’autre, d’empathie ou tout simplement d’habiletés communicationnelles. La communication positive n’est pas nécessairement enseignée à l’école ou dans notre famille. Le rapport à l’autre peut être angoissant. Parfois on a peur de blesser, de ne pas trouver les bons mots, de ne pas être compris. Alors on se convainc avec des phrases comme « elle finira par comprendre », « il va lire entre les lignes », « on s’est juste fréquenté deux mois, ce n’est pas nécessaire d’avoir une vraie conversation »… Selon ce que j’ai vu, ces phrases sont rarement véridiques. Une des pires choses pour l’humain est d’être ignoré. À moins d’avoir une estime de soi en béton, la personne qui est « ghosté » aura une certaine blessure. J’apporte en trame de fond les rencontres en ligne, mais je parle aussi des relations amicales et amoureuses de façon plus générale.

Le ghosting provient aussi parfois d’un malaise personnel. « Risquer » d’être proche de l’autre pourrait expliquer certains cas de ghosting. Anxieux à l’idée de devenir réellement intime, j’ai vu des gens prendre la poudre d’escampette. Je veux, mais je ne veux pas vraiment. Je vais laisser avant d’être laissé. Voilà, je me protège en goutant au contact de l’autre, mais jamais pleinement.

En conclusion, je conseille vivement à tous de prendre un instant pour vous exprimer lorsque vous voulez mettre fin à une relation. Soyez franc et direct sans vous embourber dans des détails. Parlez au « je », nommez vos besoins ou vos perceptions. Gardez en tête que nous ne sommes pas responsables des émotions des autres, mais nous sommes responsables de considérer l’autre, de lui démontrer du respect et de le traiter comme une personne ayant une valeur que nous voulions être dans sa vie ou non.

Lecture recommandée sur le sujet :

https://www.psychologytoday.com/us/blog/living-forward/201511/is-why-ghosting-hurts-so-much

#relations #ghosting

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